Le monde serait-il sens dessus dessous ? L’actualité le répète sur tous les tons, inutile d’en ajouter. Et si la littérature avait le pouvoir de le remettre à l’endroit ? C’est bien ce qui se produira du 24 au 27 avril 2025 (à compter du 14 avril pour la programmation en ligne), alors qu’aura lieu, à Montréal, la 27e édition du Festival littéraire international Metropolis bleu qui affiche, pour cette édition, un éventail exceptionnel de voix venues du Québec, du Canada et du reste du monde.
ET d’abord le thème général : « Le Temps, l’Arbre, la Page ». Combien de temps faut-il à un arbre pour croître ? Poser la question, c’est aussi s’interroger sur notre rapport au temps. Écrire prend du temps ; lire également. Et si on demandait à l’Arbre ce qu’il en pense ? Avec le Temps, l’Arbre sera donc au cœur de cette édition, qui en a fait son invité d’honneur. Pourquoi ? D’abord parce que l’Arbre nous en dit long autant sur nous-mêmes que sur la situation climatique. Aussi parce que ce grand végétal se décline en diverses espèces, à l’image de la diversité des êtres humains qui devraient, dans un monde idéal, pouvoir cohabiter et croître en harmonie dans notre forêt-Terre.
À la diversité des espèces dans la nature répond la diversité entre les êtres humains. Faut-il pour autant que s’installe la violence ? Non, bien sûr. Mais que lui opposer ? L’imagination, la fable, la fiction, comme le réaffirme l’écrivain Salman Rushdie, qui sera présent au Festival pour recevoir le Grand Prix Metropolis bleu 2025. Dans son dernier ouvrage, Knife. Meditations after an Attempted Murder (tr. fr. : Le Couteau. Réflexions suite à une tentative d’assassinat), SalmanRushdie écrit que la littérature est la seule arme qu’il n’ait jamais possédée. Sa présence marquera sans contredit l’un des temps forts du Festival littéraire international Metropolis bleu.
Ce ne sera pas le seul.
L’historien, romancier et essayiste britannique, internationalement connu, Simon Sebag Montefiore sera présent au Festival pour y recevoir le prix Metropolis bleu Des mots pour changer. Ses romans et ses essais sur la Russie, sur Staline ou sur l’impératrice Catherine, sa biographie de la ville de Jérusalem, sont des best-sellers dans le monde entier. Son plus récent ouvrage, The World : A Family History of Humanity, raconte l’histoire de l’humanité depuis l’homme de Néandertal jusqu’à Donald Trump, vue à travers la lorgnette de familles célèbres ayant façonné notre histoire : les César, Médicis, Bonaparte, Habsbourg, Rothschild, Rockefeller, Kennedy, voire les Kim (Corée du Nord) et les Assad (Syrie).
L’auteur et excellent vulgarisateur allemand Peter Wohlleben, sans doute le plus connu des gardes-forestiers amis des arbres, sera présent au Festival Metropolis bleu. À sa parution en 2015 La vie secrète des arbres a été un véritable phénomène éditorial, qui ne s’est pas démenti depuis, avec les rééditions qui se succèdent et les titres ayant suivi dans plusieurs langues. Au Festival, Peter Wohlleben recevra le prix Metropolis bleu Planète littérature. Outre ses nombreux ouvrages qui ont contribué à une meilleure connaissance du monde naturel dans le grand public, Peter Wohlleben s’est fortement impliqué pour la préservation des forêts et des arbres en Allemagne et partout dans le monde. Parmi ses activités au Festival, on ne manquera pas l’échange public qu’il aura avec l’auteur anishinabe, journaliste et professeur à l’Université du Manitoba Niigaan Sinclair, sur les visions autochtone et allochtone de la forêt.
En 2025, Metropolis bleu inaugure le Prix des Premiers peuples édition internationale. C’est que la renaissance des cultures autochtones s’observe un peu partout dans le monde, au-delà des frontières nationales. Le premier lauréat de cette édition internationale est l’auteur américain Stephen Graham Jones, de la nation Pikunis (Blackfoot), qui vit et enseigne à Boulder, au Colorado. Composée d’une trentaine de romans (crime fiction), de recueils de nouvelles, de BD, tels Un bon Indien est un Indien mort, Mon cœur est une tronçonneuse, N’aie pas peur du faucheur, son œuvre a été récompensée par plusieurs prix.
Le volet « Voix autochtones » du Festival accueillera d’ailleurs les poètes Liliana Ancalao (Patagonie, Mapuche, mapuzung), Joséphine Bacon (nutshimit/Québec, innue), Fiorella Boucher (Uruguay/Québec, guarani); l’essayiste Niigaan Sinclair (Winnipeg, Peguis, anishinaabe), la spécialiste des littératures inuites Nelly Duvicq (Nunavik), le romancier Coltrane Seesequasis (Gatineau, Willow Cree, Canada). Ce dernier, qui pratique le genre de la fantasy dans un cadre autochtone, participera à notre nouvelle série « Romance, Fantasy et autres imaginaires » qui accueillera en outre les romancières canadienne Pascale Lacelle et franco-québécoise Nell Pfeiffer.
Au chapitre des Prix littéraires Metropolis bleu, précisons que le prix Violet, décerné à une figure marquante de la littérature queer canadienne pour l’ensemble de son œuvre, est remis en 2025 à France Daigle, l’une des voix les plus singulières d’Acadie et de la francophonie. En lui remettant ce Prix, le jury a voulu honorer une voix irrévérencieuse qui invente constamment, depuis plus de quarante ans, de nouvelles manières de dire et de faire le monde. Pour sa part, le Premio Azul, patrocinado por Ginny Stikeman, est remis à la réputée romancière, traductrice et critique mexicaine Cristina Rivera Garza pour l’ensemble de son œuvre, dont émerge, à juste titre, le roman Personne ne me verra pleurer, qui raconte le meurtre de sa soeur, âgée de 20 ans, par son ancien petit ami, et lui avait valu de recevoir le prix Pulitzer. Le lauréat du Prix Nouvel Apport Metropolis bleu/Conseil des arts de Montréal est remis à Stephie Mazunya. Aussi présents au Festival les primo-romanciers lauréats dans le cadre des Rendez-vous du Premier roman de l’UNEQ et du Festival du Premier Roman de Chambéry, soit Emmanuelle Pierrot (La version qui n’intéresse personne), pour le Québec, et Gwenaëlle Lenoir (Camera Obscura) pour la France. Et de même le Franco-Marocain Soufiane Khaloua (La Vallée des Lazhars), lauréat du prix Québec-France-Marie-Claire Blais.
Quant aux arbres…
L’arbre est beaucoup plus qu’un arbre. Il est aussi poème, mythe, savoir archaïque. De tout temps les arbres et les êtres humains sont entrés en dialogue. Qu’ont-ils pu se dire au fil des siècles? L’écrivain français Éryck de Rubercy a réuni dans L’Univers des arbres un livre-somme de 900 pages sur les arbres, leur univers symbolique et littéraire ainsi que les dernières découvertes scientifiques à leur sujet. Il sera présent au Festival, tout comme le romancier français Alexis Jenni (L’art français de la guerre, prix Goncourt 2011; Parmi les arbres. Essai de vie commune). Autre présence remarquée : la poète québécoise Hélène Dorion qui, avec Mes forêts, poursuit l’élan magnifique qui nourrit son œuvre. Les arbres, dans toute leur singularité, sont au cœur des poèmes de ce recueil attentif à recueillir à travers eux « le bruit du monde/l’écoulement du temps».
Pour sa part, l’excellente romancière Madeleine Thien présentera au Festival en avant-première canadienne son plus récent roman, The Books of Records, où, dans un immeuble tout à fait singulier, elle fait se croiser des migrants hors du temps et de l’espace. La grande Anne Michaels, prix Giller 2024 pour Held (tr. fr. Étreintes) discutera tantôt des bonheurs de la traduction avec sa traductrice Dominique Fortier, ainsi qu’avec le romancier Kevin Lambert et son traducteur Donald Winkler; tantôt de la qualité particulière que revêt le temps vu du point de vue de l’art avec la poète, artiste visuel et photographe américaine Rachel Eliza Griffiths. Présent lui aussi au Festival, le romancier américano-anglo-lybien Hisham Matar, dont le remarquable My Friends (tr. fr. Mes Amis) a su évoquer avec finesse les conflits intérieurs propres à tout exil. Quant à la romancière américaine Claire Messud, aux racines familiales canado-algériennes (elle parle très bien le français), elle présentera son plus récent roman, This Strange Eventful History, qui raconte l’histoire d’une famille sur sept décennies et a été choisi par Oprah Winfrey (entre autres médias) pour être le livre de l’année 2024. Menés par Eleanor Wachtel, les entretiens avec Hisham Matar, Claire Messud et Madeleine Thien s’inscrivent dans le cadre de l’excellente The Eleanore Wachtel Blue Metropolis Series, toujours très appréciée du public.
À ces noms s’ajoutent ceux de Zibby Owens (États-Unis), Jeferson Tenório (Brésil), Davide Longo (Italie), Julia Malye (France), David Chariandy (Canada), Michael Prazan (France), Mateo García Elizondo (Mexique), François Kersaudy (France), Ben Caplan et son entraînante musique klezmer (Canada), Felipe Restrepo Pombo (Colombie), Juana Libedinsky (Argentine), Moustafa Bayoumi (États-Unis), et tant d’autres du Québec, du Canada, d’Europe et des Amériques – 167 en tout, pour la seule programmation pour adultes où, dans l’esprit d’ouverture et de curiosité qui caractérise Metropolis bleu, de nombreux sujets seront abordés – de la guerre au bonheur, de la forêt à la famille, de l’amour à l’arbre de vie. Parallèlement à la programmation pour adultes se déploie le Festival pour enfants TD-Metropolis bleu dont la programmation spécifique fait la joie des familles dans les maisons de la culture et les bibliothèques du Grand Montréal. C’est dire comme l’abondance et la qualité seront au rendez-vous en 2025. En somme, pendant le Festival, toutes les œuvres littéraires du monde mèneront à Montréal.
Toutes? Soyons modestes : presque toutes…
METROPOLIS BLEU EN BREF
Créée en 1997, la Fondation Metropolis bleu est un organisme de charité qui a pour mission de réunir les gens de langues et de cultures diverses autour du plaisir de lire et d’écrire, favorisant ainsi l’éclosion de la créativité et de la compréhension interculturelle. La Fondation présente annuellement un Festival littéraire international et offre, tout au long de l’année, une gamme d’activités dans le cadre de son Festival des enfants TD-Metropolis bleu de même que des programmes éducatifs et sociaux en classe, en bibliothèque et en ligne. Ces programmes utilisent l’écriture et la lecture comme outils thérapeutiques, de persévérance scolaire, de lutte contre la pauvreté et l’exclusion.