Qu’ont en commun un corbillard d’apparat, les personnages de cire de Marie-Mai et de Chantal Petitclerc, un costume de patinage de fillette et deux longs bras de bois appelant aux câlins? Tous porteurs d’une histoire et significatifs de l’évolution de la société québécoise, ces biens ont trouvé place dans les collections du Musée de la civilisation. Le président-directeur général de l’institution nationale, Stéphan La Roche, les a présentés à la presse ce matin, au Centre national de conservation et d’études des collections, lieu où ils seront précieusement conservés.
Année après année, des objets et des documents intègrent les collections, afin qu’elles demeurent une référence pour comprendre notre histoire. Ces collections tissent le fil des multiples aspects de la vie des femmes et des hommes qui donnent corps et âme à nos sociétés, fidèles à l’esprit pluridisciplinaire qui distingue le Musée de la civilisation. En présence du directeur des collections Dany Brown et d’Estelle Lépine, une sélection d’objets, issus notamment des donations de la famille de Cécile et Robert Lépine et du Musée Grévin, a été présentée. Ce fut également l’occasion de découvrir ou de revisiter les réserves du Musée au Centre national de conservation et d’études des collections.
Citations
« Les collections du Musée de la civilisation rendent compte des milieux de vie, du quotidien, du travail, des savoirs et savoir-faire, des loisirs, des aspirations, des accomplissements et des relations au monde des occupants du territoire québécois. Leur expression figure au cœur du projet de collectionnement du Musée, cherchant à comprendre leurs trajectoires historiques et les réalités de celles et ceux qui les traversent. » Stéphan La Roche, président-directeur général, Musée de la civilisation
« C’est un grand jour pour les membres de la famille de Cécile et Robert Lépine. Nous sommes heureux et fiers de confier cette collection au Musée de la civilisation à Québec et ainsi en faire bénéficier toute la société. Les objets du patrimoine funéraire de la Maison Lépine, acquis par le Musée, ont été transmis d’une génération à une autre depuis 1845. Ils ne sont pas seulement témoin de l’évolution des pratiques rituelles de la plus ancienne maison funéraire de la Capitale-Nationale, mais ils reflètent aussi les avancées industrielles qu’a connues tout le Québec sur plus d’un siècle. Chaque objet est documenté et ancré dans notre histoire. La collection révèle ainsi de nombreux changements de la société québécoise qui ont façonné notre identité. » Estelle Lépine 
Faits saillants
Patrimoine funéraire
Cette exceptionnelle donation de la famille de Cécile et Robert Lépine constitue un ensemble significatif et relativement complet du patrimoine funéraire du Québec entre 1845 et 1975. Cet ensemble comprend notamment du matériel d’embaumement, les éléments nécessaires pour l’exposition des corps à domicile, des corbillards, des vêtements d’équipage, des attelages, harnais et accessoires pour chevaux. Un corpus constituant ainsi une collection incontournable et révélatrice des pratiques funéraires. Pièce particulièrement imposante, le corbillard d’apparat fait actuellement l’objet d’une restauration par le Centre de conservation du Québec dans l’objectif de le présenter au sein de la nouvelle exposition permanente sur le Québec, prévue en 2023.
Statues de cire du Musée Grévin de Montréal
Au moment de sa fermeture, Grévin Montréal a offert au Musée de la civilisation de choisir des statues de sa collection. Dix personnages procurent un volet contemporain à ceux que possède déjà l’institution muséale : Robert Charlebois, Mado Lamotte, Marie-Mai, Dominique Michel, Ginette Reno, Guylaine Tremblay, Gilles Vigneault (spectacles, télévision), René Lévesque (politique), Chantal Petitclerc (jeux paralympiques) et le Petit Prince (littérature). Fait intéressant, les plus vieux personnages des collections du Musée remontent aux années 1880 et furent originellement produits pour le musée Grévin à Paris.
Rosette de Grand Officier de l’Ordre de la Légion d’honneur française remise à René Lévesque Gratia O’Leary a été l’attachée de presse de René Lévesque de 1973 à 1981. Elle est à l’origine de cette donation rappelant que René Lévesque a reçu ce titre honorifique prestigieux en 1977 des mains de Valéry Giscard d’Estaing, président de la République française.
Par ailleurs, la statue de cire de René Lévesque et la rosette seront présentées dans le cadre de la future exposition dédiée à cet homme politique marquant, qui ouvrira en novembre prochain.
Vélo fantôme
Sur le portail des Collections en ligne du Musée de la civilisation, un carnet spécifique au vélo fantôme associé au décès de la cycliste Mathilde Blais sera publié le 28 avril 2022, date de l’accident qui lui a coûté la vie en 2014. Installé sous le viaduc de la rue des Carrières sur la rue Saint-Denis à Montréal, cet objet commémoratif a été retiré en mai 2021 lorsque le regroupement citoyen Vélo fantôme a obtenu gain de cause puisque l’aménagement urbain sous le viaduc a été modifié de manière à garantir la sécurité des milliers de cyclistes qui y circulent quotidiennement.
J’ai de grands bras et La mémoire s’enfile
Aline Bernier, qui devait fêter ses 80 ans avec ses petits-enfants, a vu ses plans chamboulés par la pandémie de COVID-19. L’idée lui est venue de fabriquer de longs « bras à câlins » qui lui ont permis d’accueillir ses proches avec des éclats de rire tout en respectant la recommandation de deux mètres de distanciation, même si rien ne peut remplacer le contact direct de la chaleur humaine… Sylvie Bilodeau a cousu et mis en place, un à un, 3 759 boutons en souvenir des 3 759 personnes aînées décédées de la COVID-19, souvent dans la solitude, entre le 13 mars et le 13 juin 2020. La mémoire s’enfile est le titre de cette démarche. En tout, cinq tableaux de 3 × 5 pieds regroupent ces boutons soigneusement agencés sur 321 cartons aux motifs variés. Une création particulièrement touchante. Ces deux objets ont été acquis dans le cadre de l’appel à objet du projet Documentez la pandémie, lancé par le Musée de la civilisation en septembre 2020.
Robe de patineuse
Cette robe de patineuse Nuggetogs datant de 1958 ou 1959 est donnée par Jocelyne Simard de Chicoutimi. Sa marraine lui avait offert cette jolie robe lorsqu’elle avait 13 ans. Cette acquisition illustre, à sa façon, la pratique sportive au Québec à travers le temps et les régions du Québec. Sa portée est enrichie par le témoignage personnel de Mme Simard de même que par la provenance québécoise du fabricant, les manufactures de vêtements, nombreuses à Montréal à l’époque, ayant aujourd’hui pratiquement toutes disparues.
Lit et autres objets de la Maison Lauberivière
Témoins de la mission de l’organisme, ces objets favorisent l’intégration de l’histoire de gens en situation d’itinérance. Bien que communs, ils sont chargés des défis que porte cette problématique sociale tels les deux tableaux de présence et leurs 82 jetons; un cendrier sur pied; deux chaises; un lit métallique avec matelas; un panier d’épicerie; une marmite industrielle; une porte avec sa poignée, son cadre et son numéro; une poignée de porte; un numéro de chambre; un téléphone et une tablette. Le journal d’un client en 1950 de l’Hôtel Champlain, où logeait jusqu’à récemment Lauberivière, complète la donation. Cette initiative reflète le souci d’inclusion et de représentativité de toutes les réalités, au cœur de la mission du Musée de la civilisation.
Au sujet du Centre national de conservation et d’études des collections
Véritable coffre-fort abritant les collections, le Centre national de conservation et d’études des collections offre un maximum de sécurité et des conditions de conservation adaptées à chaque type d’objet. Chaque réserve répond aux normes muséologiques reconnues en matière de conservation. L’imposant bâtiment de 8 546 m2 comprend onze réserves, dont neuf d’entre elles sont occupées par les collections du Musée de la civilisation, les deux autres l’étant par le MNBAQ. Un contrôle strict du taux d’humidité et de la température pour chacune des réserves, selon les matériaux, garantit des conditions de conservation optimales. Le Musée de la civilisation est le gardien de :
225 000 objets répartis dans les collections ethnographiques et anthropologiques, peintures et œuvres sur papier, spécimens de sciences naturelles, etc.;1,2 km de documents d’archives historiques d’une valeur inestimable et qui sont les seules au Québec à être reconnues Mémoires du Monde par l’UNESCO : documents textuels, manuscrits, photographies, cartes et plans, etc.;197 000 livres rares et anciens : incunables, journaux, brochures, catalogues commerciaux, etc.;La totalité des collections du Musée de la civilisation est accessible en ligne : collections.mcq.org c’est l’une des plus vastes bases de données au pays.