du 1er au 19 Février 2022 à l’ESPACE GO 

Construite sur le motif du spectacle, la pièce LES DIX COMMANDEMENTS DE DOROTHY DIX traite du théâtre de la vie auquel nous sommes toutes et tous convié·es. Si le bonheur se monte de toutes pièces, image par image, un visage qu’on maquille, un sourire trafiqué, qu’en en est-il de nos désirs? Cette femme cherche à apparaître autrement que par le regard des autres, exprime son désir d’écrire, comme l’ultime manière de parler en son nom. C’est la voix d’une femme muette, inspirée par sa grand-mère, que Stéphanie Jasmin a choisi de nous faire entendre dans un monologue inspiré de toutes les voix des femmes silencieuses.

Une voix qui n’est pas sans rappeler celle des MARGUERITE(S), où cinq femmes prenaient la parole l’une après l’autre, cherchant à reconstituer le portrait de Marguerite Porete, une mystique morte tragiquement en 1310, brûlée au bûcher sur la Place de Grève à Paris, auteure du Miroir des âmes simples et anéanties. Dans cette pièce créée en 2018 au Théâtre ESPACE GO, Jasmin ressuscitait la figure énigmatique de Porete à travers les voix des Marguerite historiques, de Marguerite de Constantinople à Marguerite Duras en passant par Marguerite de Navarre, Marguerite d’York et Marguerite d’Oingt, femmes qui ont tissé un lien rêvé, réel ou hypothétique avec Porete et son livre. Dans cette enquête imaginaire, une part intime de ces femmes se révélait à travers leurs témoignages, leur rapport à l’écriture, à la création, à l’identité féminine et à la transmission de la mémoire.

La pièce LES DIX COMMANDEMENTS DE DOROTHY DIX paraît s’inscrire dans le prolongement de la démarche de Jasmin visant à raconter les femmes disparues sans bruit, à faire entendre leurs voix intérieures. Une manière de convoquer l’Histoire et ses trous, ces zones d’ombres dans lesquelles les femmes ont si longtemps été reléguées. Mêlant des figures historiques à des récits fictifs, Jasmin convoque l’imaginaire pour rendre vivants ces récits de vie secrets. Comme dans LES MARGUERITE(S), l’auteure entre au pays de l’intériorité, se place dans l’antichambre de l’histoire et de la biographie officielles et se met à écoute d’une conscience détachée de ses liens sociaux, qui s’exprime librement et passionnément.

Combien de voix de femmes oubliées de l’histoire, de femmes qui ont sacrifié leur vie aux autres se sont-elles éteintes sans jamais avoir été entendues? Jasmin extirpe la voix d’une femme effacée qui remonte comme un fantôme, se met en performance librement et revit sa vie sous nos yeux.