L’Argos de l’Égrégore, L’humaniste aux multiples visages, Le samouraï, Le peintre soldat, Le jeune homme en colère, Le Vulcain tranquille, Gauvreau ou l’obligation de la liberté, L’artiste aux saveurs d’iris, Le guerrier impeccable, Pierre Gauvreau, Penseur et passeur de modernité, Provocateur, Décrypteur et acteur de notre société.

Ces titres sont autant de perceptions et visions de l’homme et son œuvre.

Sa mère est issue d’une famille de libres-penseurs, ce qui lui permet d’accéder à des connaissances mises à l’index dans la société de l’époque. En 1941 une de ses natures mortes fauves, impressionne Paul-Émile Borduas, qui veut le rencontrer et l’invite à fréquenter son atelier. Pierre demande la permission d’amener des amis : Bruno Cormier, Françoise Sullivan, Fernand Leduc et Louise Renaud. Ils signeront tous Refus global en 1948.

En plus de signer le Manifeste de Borduas, avec 14 autres personnes, il participe activement à sa production, miméographiant tous les textes et imprimant, seul, les 400 exemplaires sur une Gestetner. La couverture est l’œuvre de Jean Paul Riopelle et Pierre Gauvreau, avec des poèmes de son frère Claude en page interne. Il prendra part à la défense de Borduas dans la polémique qui s’en suivit. Ce manifeste, dont on célèbrera les 75 ans en 2023 est toujours pertinent, nouvellement réédité, chez Éditions Allia, en France.

Pierre Gauvreau peint son premier tableau non-figuratif en 1944, ce qui constitue un exploit, car à l’École des Beaux-Arts, on en est à un enseignement si académique qu’on ne reconnait pas encore la validité des Impressionnistes. Son œuvre, s’échelonne sur sept décades, il peint son dernier tableau en mars 2011 et il décède le 7 avril. Ses tableaux font partie de plusieurs collections muséales, corporatives et privées, à travers le pays.

Dès 1950, il aborde aussi une carrière dans les médias. À la radio, et rapidement à la télévision : aux Émissions jeunesse de Radio-Canada, Pépinot et Capucine, Radisson, CF-RCK, Rue de l’anse et D’Iberville, co-production internationale et première émission couleurs de Radio-Canada. Après un passage à l’Office National du film comme chef de studio : producteur de Le temps d’une chasse, IE-X13, L’exil, etc, puis il deviendra directeur de la production française. En 1972, à 50 ans il démissionne pour retourner à la création : peinture et réalisation. Il revient à Radio-Québec réaliser trois séries éducatives auxquelles il attachait beaucoup d’importance: On n’a plus les séances qu’on avait, sur le jeune théâtre, à l’heure de la contre-culture, Si l’monde savait, sur les artistes autodidactes de plusieurs régions, et Aux yeux du présent, une relecture de quelques pages d’Histoire, sous forme de procès. Pendant 20 ans de 1979 à 1998, il se consacre principalement au travail d’auteur de sa trilogie téléromanesque.

Il a repris la peinture en décembre 1976. Il se renouvellera toujours d’un tableau à l’autre. Il peint d’abondance les dernières années de sa vie. C’est heureux puisqu’il a souvent dit qu’il ne peut peindre qu’en état de sérénité. Il a pris beaucoup de plaisir à pratiquer le jeu du cadavre exquis, avec des ami(e)s, peintres ou non, il en a fait plus de deux cents avec son épouse la peintre Janine Carreau, avec qui il a partagé les 35 dernières années de sa vie. En ce moment, elle travaille à établir le catalogue de leurs œuvres.

Je veux voir une chose que je n’ai jamais vue, c’est pour ça que je peins. -PG

Une société se nourrit de son imaginaire entier ou elle est condamnée à consommer celui des autres. -PG

« Pierre Gauvreau a su écouter et rendre compte de l’évolution du Québec dans ses grandeurs et ses misères. Ses téléromans sont bien sûr de grandes œuvres littéraires, elles sont aussi une source d’analyse inépuisable pour les historiens, anthropologues, sociologues… Le Québec ne s’est pas trompé en se reconnaissant dans cette expression unique. Le temps d’une paix, Cormoran et Le volcan tranquille sont des œuvres de référence. Il a été un formidable décrypteur de notre monde et un acteur clé de son évolution. (…) Du Refus global aux Insoumis c’est le même appel à la confiance et à l’humanité, c’est le même rejet de l’ignorance » Michel Côté, directeur du Musée de la Civilisation de Québec, In Pierre GAUVREAU, Passeur de modernité, FIDES, 2013.