En février dernier, plus d’une vingtaine de représentant·es du milieu de la santé, des grandes maladies et des patient·es québécois·es, annonçaient la création de la Coalition québécoise pour la réduction de la maladie, une initiative ambitieuse et nécessaire pour l’avenir du système de soins au Québec. Six mois plus tard, la Coalition, qui compte désormais près d’une quarantaine de membres, dresse un constat inquiétant : la population québécoise ne dispose toujours pas des informations essentielles sur les maladies qui la touchent, ni sur la proportion de ces maladies qui est évitable, et encore moins sur les moyens pour les prévenir.
Un manque d’informations inquiétant
Selon un sondage omnibus Léger réalisé en mai 2024 auprès de 1006 adultes :
- Seulement le quart des Québécois·es (26 %) savent que des cancers sont évitables. Pourtant, on sait aujourd’hui que plus de 4 cancers sur 10 le sont.
- Moins de la moitié de la population (49 %) sait que les maladies cardiaques et neurovasculaires se préviennent alors qu’il est possible d’éviter 80 % de ces maladies avec un mode de vie et un environnement sains.
- Un mince 12 % des individus savent qu’il est possible d’éviter des maladies neurologiques comme l’Alzheimer ou le Parkinson.
- Malgré les nombreux messages concernant les gestes barrières (ex: se laver les mains, s’isoler ou rester à distance en cas de maladie respiratoire, mettre un masque) qui ont circulé pendant la pandémie, seulement 6 Québécois·es sur 10 disent que les maladies infectieuses comme la grippe peuvent être évitées.
À l’occasion du mois de la littératie en santé, il est essentiel de rappeler que les connaissances de la population sont directement liées à son pouvoir d’agir pour être et demeurer en santé.
La littératie en santé est définie comme les connaissances, la motivation et les compétences permettant de trouver, de comprendre ou d’utiliser de l’information dans le domaine de la santé.
« La population ne peut pas s’intéresser pleinement à la santé si elle pense que la maladie est inévitable et qu’on ne peut que la subir. Regrouper en un même endroit une information digeste et pertinente sur les principales maladies dont souffrent les Québécois·es et les manières de les éviter profiterait à chacun·e individuellement et à l’ensemble de la société », résume Thomas Bastien, Directeur général de l’Association pour la santé publique du Québec (ASPQ), qui a initié la Coalition québécoise pour la réduction de la maladie.
Un appel à l’action pour réduire les maladies et souffrances évitables
Comment agir efficacement lorsque l’on constate que la population québécoise demeure mal informée ? Celle-ci doit avoir à sa disposition les outils nécessaires pour en savoir davantage sur les grandes maladies qui affectent la population du Québec. C’est essentiel pour s’impliquer dans sa propre santé et celle des autres, et pour la récupérer.
C’est pourquoi la Coalition québécoise pour la réduction de la maladie réitère ses demandes au gouvernement :
- Reconnaitre que la réduction de la maladie est l’un des piliers d’un réseau de la santé et de services sociaux plus efficace, plus humain, et plus résilient ;
- Élaborer un plan stratégique de la réduction de la maladie ;
- Investir massivement en réduction de la maladie dans l’ensemble des sphères de notre société et ;
- Se doter d’outils et d’indicateurs gouvernementaux permettant d’observer la maladie et sa réduction.
Réduire la maladie au Québec : une entreprise urgente mais réalisable
Si la gestion de la maladie accapare déjà la portion principale du budget dédié à la santé au Québec, soit un montant d’un milliard de dollars par semaine, les coûts directs et indirects associés à la maladie ne cessent de croître. Il faut freiner ces dépenses et inverser la tendance : réduire les maladies évitables.
Nous avons le pouvoir de cesser de subir la maladie. Avec la science d’aujourd’hui, nous pouvons déjà prévenir près de 7 maladies chroniques sur 10. Même des maladies de nature cognitive, comme l’Alzheimer, peuvent être réduites ou repoussées à beaucoup plus tard grâce à un mode de vie sain et à des environnements favorables à la santé. On parle de milliards de dollars d’économies potentielles en soins, mais aussi de souffrances et de handicaps évités pour des milliers de personnes et leurs proches. Il en va de notre qualité de vie à court et à long terme.