YVES DESROSIERS Nokta ŝoforo, MUSIQUE DE ROUTE

Yves Desrosiers fait paraître ce vendredi Nokta ŝoforo, un nouvel album presqu’entièrement instrumental. Près de huit ans après la sortie de Bordel de tête, ce nouveau projet met de l’avant le talent de compositeur de cet artiste inclassable au parcours foisonnant, maestro respecté et figure incontournable de la scène musicale québécoise depuis 35 ans.

Nokta ŝoforo (« chauffeur de nuit » en espéranto) s’imprègne de l’état d’esprit du chauffeur qui sillonne le territoire, qui avale les kilomètres. Pour Desrosiers, qui a littéralement conduit de nombreux albums et spectacles, mais qui a aussi toujours adoré prendre le volant de véhicules, refusant de le céder lors de tournées de spectacles, musique et route vont ensemble. La route raconte, la route inspire. La clé dans le contact et, déjà, elle étend sa trame.

« Souvent, depuis les 35 dernières années, j’ai dû conduire la nuit après un spectacle ou pour s’y rendre un peu à l’avance quand la distance entre deux scènes était trop grande. Je me sentais près des gens de la route qui font le métier de chauffeur la nuit, les truckers. Je me disais que j’aurais probablement été heureux aussi au volant d’un camion la nuit pendant toute une vie. Cela concorde avec mon tempérament solitaire et un brin introverti. Bien sûr, avec les membres du groupe, nous mettions des cassettes et plus tard des CD pour agrémenter la route, mais en ce qui me concerne, la musique démarrait aussitôt que le chemin se dessinait à l’horizon juste passé le dernier feu de circulation d’une ville. » – Yves Desrosiers

Dix titres composent donc ce road trip musical, cette invitation au voyage au-delà du crépuscule. Les paysages défilent à travers le pare-brise, le rétroviseur. Leurs rythmes tantôt bercent, tantôt exaltent ; ils enfument la tête de rêveries solitaires, enveloppent d’images contemplatives ou plus surréalistes. Il y a aussi les pannes dans le désert, les saisons qui se succèdent, le motel au milieu de nulle part, les moteurs qui chauffent sous le capot et les arrêts au truck-stop. Chaque pièce orchestre sa poésie. D’une à l’autre, une atmosphère cinématographique se déploie, l’horizon serpente dans le jeu et le plaisir de ses reliefs jusqu’à la dernière chanson, comme l’attente ou l’arrivée de l’aube, sur laquelle Desrosiers dépose sa voix.

C’est au complice Benoit Morier que Desrosiers a confié la réalisation de cet album réunissant une fabuleuse bande de collaborateurs et de musiciens invités dans une parfaite alchimie sonore. On y entend bien sûr, au volant, les guitares de Desrosiers, ainsi que les influences rock de sa jeunesse et de ses voyages musicaux à la croisée des styles. La basse, la contrebasse, les cuivres et les percussions de Morier complètent avec le banjo (Lisa LeBlanc), le violon (Francis Covan et Sumira Bothé), le violoncelle (Marianne Houle et Emily Kennedy), la batterie (Victor Tremblay-Desrosiers), l’accordéon (Didier Dumoutier), le flugelhorn (Sébastien Michaud) et le chœur (Geneviève Toupin) ce grand cortège musical qui prend la route !

Au cœur de ce projet résonne aussi l’espéranto qu’explore l’artiste touche-à-tout. C’est dans la mélodie de cette langue internationale rassembleuse, pratiquée dans plus de 120 de pays et servant à faciliter les échanges, que se déclinent les titres de l’album et les paroles de la dernière chanson Noktaj pensoj (« pensées nocturnes »). Universelles, musique et langue traversent ici les espaces, les frontières ; le périple est total, l’invitation impossible à refuser, la destination à découvrir.

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