Une forêt en danger

Sous prétexte d’une invasion de la tordeuse du bourgeon de l’épinette, la forêt Cyriac, qui abrite de grands et magnifiques arbres dont certains ont plus de 400 ans, risque d’être victime d’une coupe à blanc si le Ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs (MFFP) maintient sa position. 

Pourtant cette forêt fait partie du projet d’aire protégée du lac Kénogami… Une coupe à blanc risquerait de compromettre l’approvisionnement en eau de 80 % de la population de la ville de Saguenay et constituerait la destruction inutile d’un magnifique paysage. Cette coupe est non justifiée, car la présence de la tordeuse à cet endroit est seulement au niveau 2 sur une échelle de 5… Par ailleurs, la forêt compte au moins 50 % de feuillus, qui ne sont aucunement affectés par la tordeuse.

La forêt Cyriac est située à quelques kilomètres seulement du cœur de la ville de Saguenay où vit 55 % de la population totale du Saguenay – Lac-St-Jean. Sa protection doit être fortement raffermie et consolidée à l’instar de celle qui est appliquée à la réserve d’eau potable de la ville de New York. Pourquoi gaspiller notre or bleu pour une poignée de dollars?

Mais on est loin du cas de New York… La preuve en est que les démarches pour accorder à cette forêt le statut d’aire protégée traînent en longueur depuis 2007! Au fil des ans et des nombreuses embûches que nous rencontrons dans nos multiples démarches et demandes d’informations, nous membres de l’Association pour la protection du lac Kénogami en sommes venus à la conclusion que le dossier est bloqué en raison de la résistance de deux ministères (Énergie et Ressources naturelles – MERN – et surtout de celui des Forêts, de la Faune et des Parc – MFFP).

De fait, relativement à cette forêt, ce dernier ministère essaie depuis plus de 25 ans d’y procéder à des coupes à blanc. Déjà, au milieu des années 90, le mouvement SOS Cyriac avait permis de contrer les visées du MFFP. Puis, en 2007, nous avons réussi à bloquer les nouvelles tentatives du MFFP en invoquant la sauvegarde de l’encadrement visuel du contrefort laurentien. Mais le MFFP et les scieries n’ont jamais, on le voit avec le projet actuel de coupe à blanc, abandonné leur ambition de mettre la main sur ces grands arbres…

Outre la préservation de l’eau potable, de nombreuses raisons militent en faveur de la sauvegarde intégrale de la forêt Cyriac. En voici quelques-unes :

■ cette forêt abrite 29 érablières artisanales;

■ elle est peuplée en abondance d’ifs du Canada à partir desquels on tire du taxol, qui sert à la fabrication de médicaments contre le cancer;

■ c’est dans la forêt Cyriac qu’on trouve les spécimens les plus nordiques de la fougère appelée adiante du Canada, une espèce menacée. L’encyclopédie Wikipédia note, au sujet de cette plante, qu’elle « est considérée comme la plus belle fougère du Canada c’est ainsi que dans son Manuel de Floriculture, Phillippe de Vilmorin évoque “sa parfaite rusticité et sa grande élégance”. Elle est originaire des zones tempérées de l’Asie du Sud-Est et de l’Amérique du Nord. »

■ l’argument invoqué – la présence de la tordeuse du bourgeon de l’épinette (TBE) ne tient pas la route : en procédant à nouveau à des coupes à blanc dans les secteurs affectés comme il l’a fait il y a quelque 40 ans, le MFFP répète la même erreur en facilitant le sapinage, c.-à-d. qu’il reconstitue le garde-manger de la tordeuse pour une prochaine épidémie de TBE;

■ sa destruction constituerait en outre un gaspillage de fonds publics en raison des subventions accordées aux scieries pour le traçage des chemins forestiers (jusqu’à 90 % des coûts) et des opérations forestières (remboursées à 25 %);

■ cette forêt abrite des arbres magnifiques : bouleaux jaunes (l’emblème du Québec), pins blancs dont le diamètre dépasse 1,5 m, épinettes blanches;

■ la forêt Cyriac a un grand potentiel touristique pour la pratique d’activités « douces » pour l’environnement (acériculture artisanale, éducation, tourisme, marche, observation des oiseaux, etc.);

■ la forêt Cyriac abrite des plantes exotiques dont plusieurs sont menacées et dont il faudrait faire l’inventaire, ce que n’a jamais voulu réaliser le MFFP;

■ relativement à l’ensemble de la superficie totale offerte aux scieries, celle de la forêt Cyriac (17 km carrés) ne représente qu’une goutte d’eau dans la mer et sa protection intégrale ne compromettrait en rien la viabilité économique de l’industrie;  

■ couper les arbres de cette forêt, c’est aller à l’encontre du consensus régional établi en 2014 alors que tous les acteurs de la région ont manifesté leur appui à la sauvegarde de la forêt dans tout le pourtour du lac Kénogami!

Raser cette forêt constituerait une aberration sociale, économique et écologique.

coupe à blanc, ecologie, forêt Cyriac