L’IMPÉRATRICE SORT SON NOUVEL ALBUM: TAKO TSUBO LE 26 MARS 2021

Un cœur qui bat très fort. Un chamboulement des sens, un trouble extrême, un burn-out émotionnel : le phénomène a un nom, Tako Tsubo (« piège à poulpe », en japonais), syndrome qui se manifeste par une déformation du cœur due à une intense émotion, négative ou positive. Et qui à ce jour n’a encore trouvé aucun remède.

Ce vertige permanent, c’est ce dont a été faite la vie de L’Impératrice, depuis la sortie de Matahari, il y a trois ans. Un premier album suivi de deux Olympia complets et d’une tournée qui emmène le groupe sur les scènes du monde entier. Là, face à un public français, canadien, mexicain, italien ou californien, L’Impératrice s’incarne, s’offre sans compter, se confronte à d’autres regards. Un voyage qui élargit son horizon, la bouscule parfois, la transporte souvent. Pour ses six membres, rien ne sera jamais comme avant. 

Tako Tsubo est un album de rupture. L’Impératrice a certes gardé le goût de la danse, du groove posé sur une basse virtuose, des synthés vintage et des mélodies pailletées. Mais s’est offert la liberté d’explorer d’autres territoires, de faire un pas de côté. S’éloignant des cadres de la chanson française, de ses refrains et de ses couplets, elle compose des titres qui se jouent des structures, osant une cassure, un rythme syncopé, à l’image de ce cœur qui, sur le beau « Anomalie bleue », saute une pulsation sur deux sous le coup d’un transport amoureux. À l’élégance de la production, assurée comme sur Mataharien collaboration avec Renaud Letang (Feist, Philippe Katerine), vient s’ajouter une vibration solaire, venue de Californie. Un souffle chaud comme les couleurs d’un crépuscule sur le Pacifique, souligné par le mix de Neal Pogue, sculpteur des sons de Outkast, Stevie Wonder ou Tyler the Creator, que L’Impératrice a beaucoup écoutés. Et toujours, ces inflexions G-funk qui l’ont toujours inspirée. 

Mais si Tako Tsubo marque une rupture, c’est aussi parce qu’il s’éloigne du sillon romanesque de Matahari, imaginé autour d’une héroïne fantasmée, pour s’ancrer davantage dans la réalité. Le deuxième album de L’Impératrice interroge le monde dans lequel on vit, les vents contraires qui l’animent, ces normes qui n’ont fait que se flouter : celles qu’imposent les réseaux sociaux ou le succès (sur le stellaire « Tombée pour la scène ») ; celles qu’il faudrait observer pour écrire une chanson(« L’équilibriste ») ou danser (« Voodoo? »), jusqu’à ce que le rythme emporte tout, permette de devenir « Fou » et enfin, de se libérer. « Tako Tsubo » questionne aussi cette idée qui nous imposerait d’être sans cesse heureux, parfaits, ou tout du moins de l’afficher : le superbe « Submarine », intégralement réalisé par le groupe en plein confinement, sonne comme une main tendue, une célébration de la fragilité, à la croisée des chemins de Billie Eilish et de Paul McCartney. Plus ancrée sur terre, L’Impératrice n’a pas pour autant perdu le sens de la légèreté, et réinterprète l’ancestrale « Peur des filles » façon thriller féministe, avec justesse et un sourire en coin.

Mais Tako Tsubo dévoile l’un de ses visages jusqu’ici inconnu, plus intime et plus grave, à l’image de la voix de Flore, qui en a exploré de nouvelles tessitures. Si le cœur de L’Impératrice bat parfois si fort, il pulse un sang aux infinies nuances de bleu. Bleu comme cette note unique et mélancolique que dans le jazz on dit aussi « sensible ». Bleu comme cet « Hématome » coécrit, comme « Fou », avec le chanteur  Fils Cara, blessure d’amour d’autant plus vive qu’elle est infligée à distance, par écrans interposés. Bleu comme le ciel nocturne qui baigne « Tant d’amour perdu », reprise poignante et feutrée de Michel Berger. Bleu vif, aussi, comme cette superbe « anomalie », ce coup de foudre qui soudain nous ramène à la vie. 

Amour ambivalent, doutes, euphorie, chagrins et folie : autant de symptômes qui, réunis, désignent le syndrome de Tako Tsubo. Autant de courants changeants dont nous sommes les jouets, comme ce destin dont les trois Moires, divinités grecques réinventées sur la pochette par le dessinateur Ugo Bienvenu, tissent le fil. Qui laissent le cœur accidenté, submergé, (re)gonflé. Plus vivant que jamais.

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