INCARNAT

Dans la chair

20 ans se sont écoulés depuis Aquanaute, la toute première offrande. Autant d’années gratifiées de rencontres fulgurantes et de projets fous.

Pour marquer le coup, Ariane désirait faire les choses autrement; s’approcher du public de manière dépouillée, sans artifice. Elle a d’abord cru que ce serait en revisitant son répertoire le temps d’une tournée solo piano, simplicité qu’elle ne s’était jamais permise auparavant.

Elle entame la démarche avec acharnement à travers la centaine de chansons composant son catalogue. L’idée est emballante, elle devient la promesse de franchir une étape avec panache, pour aboutir dans un horizon encore inconnu.

Mais puisque les chemins de la création sont souvent imprévisibles, l’attendait dans le détour une inévitable introspection. Un regard de biais forcé par le temps qui passe, l’opportunité d’écouter ce mouvement puissant qui s’agitait en elle.

Redire semblait étrange. Il lui fallait nommer.

Elle déroute du tracé initial et se lance dans une première composition. Le ton est viscéral, intimiste. Nous sommes à l’heure des vertiges face aux gestes irrépressibles.

S’ensuit une virée au coeur du volcan.

Incarnat, c’est le nom donné à une teinte rouge-rose clair et vif, proche de la chair et des couchers de soleils d’automne. Une famille de couleurs ayant la force de soutenir l’imprévu, la nécessité.

Incarnat c’est le ton de ce nouvel opus traversé par la franchise. Une poésie sans masque mue entre autre par le désir, les questionnements autour de la filialité, l’envie d’un ailleurs extraordinaire et l’emprise des jours ordinaires.

Dans ta chair
Crépuscule
J’ai logé
Toute ma confiance
Avec mes failles

Dans ta chair
Pêche et vermeille
J’ai allongé mon destin
Juste à côté du tien

Le dépouillement souhaité au départ aura teinté l’ensemble des textes d’Incarnat d’une intimité certaine, fragile, parfois brutale. Ici, nommer devient une forme de résistance face aux vents contraires, le regard tourné vers la beauté du monde ; une oscillation entre le sublime et l’impuissance. 

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Incarnat a été écrit composé et enregistré à Montréal, d’un automne à un autre, traversant 2019 jusqu’à 2020 sur fond de pandémie mondiale. Pour le réaliser, une collaboration de grande proximité avec Marc-André Gilbert alias MAG (Charlotte Cardin, Aliocha). Antoine Gratton a une fois de plus signé des arrangements de cordes somptueux que les Mommies on the run (Mélanie Bélair, Mélanie Vaugeois, Ligia Paquin et Annie Gadbois) font briller avec élégance.

Et pour un magnifique duo, de Paris jusqu’au Mile End, a voyagé la voix si évocatrice de Lou Doillon sur Jamais trop tard (adaptation libre de Everybody’s Got To Learn Sometime, popularisée par Beck dans la B.O du film Eternal Sunshine of the Spotless Mind). L’autrice Fanny Britt a posé ses mots translucides sur la musique d’Ariane, signant ainsi le texte de Phèdre en Forêt. L’album a été également mixé par Ghyslain-Luc Lavigne et Pierre Girard, deux précieux collaborateurs de longue date.

Mars 2021, Ariane Moffatt vous dévoile délicatement Incarnat, son septième album de chansons originales.

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